Ni Soral…

imagesJe suis de gauche, j’ai toujours été de gauche, j’ai un sentiment clair de cet état de fait, j’en ai l’intime conviction, comme on dit. Comment est-ce que je définis le fait d’être de gauche ? Assez facilement à vrai dire. Je pense qu’une société juste est avant tout une société dans laquelle les inégalités sociales sont réduites au maximum, et je pense également que le système capitaliste-libéralo-mondialiste (capitaliste suffirait sans doute…) n’est pas la solution pour parvenir à réaliser cette société juste. Pour réduire les inégalités, je prône plutôt la prise en compte d’un intérêt général différent de la somme des intérêts particuliers, et je suis moi-même traversé par le débat entre un collectivisme étatique et un autre de type plus libertaire sur la question du rapport bénéfice/risque d’un Etat redistributeur. Je suis également traversé par le débat entre d’une part un nationalisme de gauche, c’est à dire la reconnaissance du fait que la Nation a eu et a toujours un grand rôle dans le développement de la démocratie et du progrès social, et d’autre part l’idée internationaliste, qui postule un intérêt commun aux classes exploitées du monde entier, et met en garde contre l’arbitraire de frontières qui font s’entre-déchirer des individus appartenant au même genre humain. Je suis un gars de gauche un peu paumé, quoi (ce que je préfère à ceux qui ont lu l’intégrale de Lénine, ou de Trotsky, ou de Bakounine…).

Cela étant dit, je dois reconnaître que j’ai été un temps séduit pas le discours d’Alain Soral, à mesure que la gauche n’en finissait plus de me désespérer. Je le dis sincèrement aujourd’hui, comme Tristan Edern Vaquette a eu l’honnêteté de le dire lors d’un entretien vidéo publié l’été dernier : j’y ai cru.

J’ai cru à la dissidence, à la punk attitude, à la provocation, au mauvais goût, au renversement de la table. Je n’en ressens qu’une légère honte aujourd’hui, qui disparaît absolument dès que je rencontre un con qui me rit au nez par stricte réaction pavlovienne. J’ai cru à tout ça, et je dois être moi-même un peu con, mais sûrement moins que les anti-racistes décérébrés, les féministes libérales, les libertaires bourgeois, les antifas frustrés et bien-sûr, les membres du PS, totalement abrutis.

Mais finalement, je me suis fait baiser. Je m’en rends compte aujourd’hui. Et le mécanisme par lequel je me suis fait baiser n’est pas très glorieux, et tant mieux, car ça va au moins me permettre de l’expliquer simplement. Cela se résume ainsi : les ennemis de mes ennemis ne sont pas mes amis. Et j’ajouterais : aussi cons et nombreux que soient mes ennemis, et aussi isolé et seul que je me sente face à eux.

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Copain !

Car le problème est le suivant, je me sens de gauche, mais je ne me sens que peu d’affinité avec les gens de gauche. Etant de la classe moyenne, je ne me sens à l’aise ni avec les bourgeois, ni avec les prolos, et qu’ils soient de gauche n’arrange rien. Les bourgeois de gauche veulent l’égalité en se sentant naturellement supérieurs, les prolos de gauche veulent l’égalité en rabaissant tout le monde à leur niveau (je n’ai jamais croisé un prolo qui aimait Lou Reed autant que moi), les féministes veulent l’“égalité des désirs » (va te faire foutre !), même les anti-racistes, qui défendent une cause inattaquable, arrivent à se faire détester avec leurs gueules de curés…

Il faut regarder la réalité en face, tous mes soit disant « camarades » me cassent les couilles, sans parler des jeunes des cités avec leur fâcheuse tendance à ne pas boire de l’alcool et leur rap à la con, des anars qui se croient purs et durs mais qui ne sont que des petits flics de la pensée, des cocos pour qui le parti c’est papa, etc, etc, etc…

Et puis, y avait Soral, avec sa tête de méchant gentil, son humour à la con, son esprit de contradiction hyper acéré, le dragueur-boxeur communiste passé au Front National, un véritable OPNI dans le PAF dans ta gueule, qui m’a fait plus d’une fois, et qui me fait encore, bien marrer, et son pote Dieudo, qui me fait encore bien marrer aussi, et dans cette putain de solitude qui était la mienne d’un trentenaire de gauche du XXIème siècle houellebecquien, j’ai vu ces deux énergumènes comme deux compagnons de route. Ils dégommaient absolument tout le monde, et ils étaient à peu près les seuls ! Dans ma gentille famille de gauche, qui osait tourner en ridicule les antifas ? Qui osait dire aux anti-racistes de péter un coup ? Qui osait dire au féministes d’aller se faire enculer par leurs amis les PD ? Qui osait faire péter cette chape de plomb, cette gangue, cette camisole faite de respect et de tolérance dégoulinants, de bons sentiments prolétariens ?

Vous allez dire que j’exagère, mais non ! Il fallait chercher longtemps un camarade de gauche qui connût (prrrt…) et appréciât (re-prrrt…) le Plan B (si quelqu’un a gardé l’illustration où l’on voit la tête d’Alexandre Adler posé sur un énorme plateau de choucroute garnie, qu’il me fasse signe) avant que celui-ci ne disparaisse, et pour cause ! On était déjà au maximum de leur capacité d’acceptation !

Et aujourd’hui, c’est pire ! C’est la chasse aux sorcières à tous les étages ! Personne ne connaît subitement plus Jean Bricmont, alors qu’il a importé Chomsky en France. Etienne Chouard ? Connais pas… Tu te poses des questions sur les attentats du 11 septembre ? T’es black listé ! Sur Merah ? N’en parlons pas ! Tu chies sur l’Europe ? Les internationalistes et les anars te chient illico à la gueule !

Bref, y en a des raisons de se sentir seul ! Alors tu craques. Et tu t’acoquines avec ceux qui tapent tout ce qui bouge. Sauf que tu te rends compte, un peu tard, qu’eux aussi sont de sombres trouducs. Des trouducs rigolos, d’accord, mais des trouducs quand même. Rigolos, mais quand même d’extrême droite. Pas ceux qui tapent sur les arabes, non… Ceux qui tapent sur les juifs… Tous les cons que tu détestes leur tapent dessus, alors, t’hésites un peu à jeter ta pierre… et puis merde, tu te dis, qu’ils aillent se faire foutre tous ces nazis de merde en peau de lapin, je préfère être définitivement seul contre tous !

J’espère juste qu’il y en a d’autres, des gens de gauche qui se sentent un peu seuls. Vous êtes où, les gars ?